crédit suisse et les comptes nazis : des révélations troublantes sur une dissimulation

Une récente enquête menée par une commission du Sénat américain a mis au jour des éléments troublants concernant **Credit Suisse**.

Une commission du Sénat américain affirme que Credit Suisse a conservé, sans les communiquer, des documents relatifs à des comptes liés à des responsables nazis. Ce qui est établi, ce qui reste allégué, et ce que l’affaire dit du travail de vérité mené en Suisse depuis les années 1990.

L’essentiel
  • Quoi La commission du Budget du Sénat américain dit avoir eu accès à « des dizaines de milliers de documents » révélant des titulaires de comptes liés au régime nazi jusqu’alors inconnus ou partiellement connus.
  • Qui & quand Neil Barofsky, ancien procureur fédéral, est nommé médiateur par Credit Suisse en 2021, congédié en 2022, puis réintégré en 2023 après la reprise par UBS.
  • Pourquoi ça compte Ces comptes auraient dû être identifiés lors des enquêtes des années 1990, à l’origine de l’accord de 1998 et des travaux de la commission Bergier.

Des découvertes documentées sur le passé de Credit Suisse #

Selon les éléments rendus publics début janvier 2025, la banque aurait détenu des informations sur des comptes ayant appartenu à des personnes liées au régime nazi sans les transmettre aux enquêteurs : des dizaines de milliers de documents mettant en évidence une clientèle liée aux nazis jusqu’alors inconnue ou partiellement identifiée. Sur un tel dossier, il faut distinguer ce qui est démontré de ce qui relève de l’accusation.

Établi
Une enquête interne existe bel et bien
Credit Suisse a commandé une enquête sur son rôle historique et confié sa supervision à un médiateur externe en 2021.
Allégué
Une rétention d’informations
La rétention d’archives dans les années 1990 et les pressions exercées sur le médiateur sont affirmées par la commission sénatoriale ; elles n’ont pas été tranchées par un tribunal.
Réponse de la banque
UBS met en avant sa coopération
Devenue maison mère, UBS déclare s’être « engagé à contribuer à un recensement complet » et fournir « toute l’assistance nécessaire ».

Une enquête en cours et des pressions internes #

Le point de départ de ces révélations est le travail de Neil Barofsky, ancien procureur fédéral américain, nommé médiateur pour Credit Suisse en 2021. Son équipe a exploité des archives qui ont permis d’identifier d’autres clients liés au régime nazi, dont un compte contrôlé par des officiers supérieurs de la SS. Il a été congédié en 2022, la commission sénatoriale évoquant des pressions visant à limiter le périmètre de l’enquête. Illustration détaillée sur crédit suisse et les comptes nazis : des révélations troublantes sur une dissimulation

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Après l’annonce du rachat de Credit Suisse par UBS, le 19 mars 2023, il a été réintégré dans ses fonctions la même année, puis a fait savoir que la banque n’avait pas toujours transmis l’intégralité des documents qu’elle détenait — un point que l’établissement n’a pas reconnu en ces termes.

Un engagement futur pour la transparence #

UBS, nouvelle maison mère de Credit Suisse, a affirmé son engagement à contribuer à un recensement complet des anciens comptes liés aux nazis et à fournir l’assistance nécessaire pour documenter cette période. La portée réelle de cet engagement se mesurera à l’ouverture effective des archives.

L’enjeu dépasse la réputation d’une banque : il touche à la restitution d’avoirs spoliés et au droit des familles à savoir — ce que visaient déjà les procédures des années 1990, dont cette affaire interroge l’exhaustivité.

Le contexte : commission Bergier, or nazi et accord de 1998 #

La Suisse a mené un examen approfondi de son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale. Instituée le 19 décembre 1996 et dissoute le 19 décembre 2001, la commission Bergier a présenté son rapport final le 22 mars 2002 : environ 25 études et quelque 11 000 pages sur les fonds en déshérence, la politique d’asile et les échanges avec l’Allemagne nazie. Ses travaux ont établi que les banques suisses ont reçu de l’ordre de 345 tonnes d’or nazi en échange de francs suisses.

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En parallèle, un recours collectif engagé aux États-Unis a abouti, en août 1998, à un accord de règlement de 1,25 milliard de dollars, homologué le 22 novembre 2000. La commission Volcker, chargée de l’audit des comptes dormants, avait rendu son rapport en décembre 1999.

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L'or nazi, la honte de la Suisse — RTS Info
L’or nazi, la honte de la Suisse — reportage de la télévision publique suisse (RTS Info)

Ce que cette affaire change #

Pour les historiens, l’enjeu immédiat est l’accès aux archives bancaires : sans ouverture documentaire, aucun recensement ne peut être tenu pour complet. Pour les familles concernées, il s’agit de reconstituer une trajectoire patrimoniale interrompue par la persécution ; pour la place financière suisse, de la crédibilité des dispositifs de transparence adoptés depuis vingt-cinq ans.

À retenir
  • Une commission du Sénat américain affirme que Credit Suisse détenait des documents non communiqués sur des comptes liés au régime nazi.
  • Le médiateur chargé de l’enquête, nommé en 2021, a été congédié en 2022 puis réintégré en 2023, après le rachat par UBS.
  • L’accord d’août 1998, d’un montant de 1,25 milliard de dollars, reste le cadre d’indemnisation de référence.
  • La rétention d’archives est alléguée par la commission sénatoriale ; elle n’a pas été établie par une décision de justice.

Questions fréquentes #

Que reproche la commission du Sénat américain à Credit Suisse ?
De ne pas avoir communiqué, lors des enquêtes des années 1990, des documents attestant l’existence de comptes liés à des responsables nazis, et d’avoir cherché à restreindre le périmètre de l’enquête interne de 2021. Ce sont des conclusions parlementaires, non un jugement.
Qui est Neil Barofsky et quel est son rôle ?
Ancien procureur fédéral américain, nommé en 2021 par Credit Suisse comme superviseur externe de l’enquête sur le rôle historique de la banque. Écarté en 2022, réintégré en 2023 après la reprise par UBS.
Les ayants droit avaient-ils déjà été indemnisés ?
Oui, dans le cadre de l’accord d’août 1998 (1,25 milliard de dollars) : environ 1,29 milliard de dollars versés à quelque 458 400 ayants droit au 31 janvier 2020. Cet accord ne couvrait que les comptes identifiés à l’époque.
Qu’était la commission Bergier ?
Une commission d’experts indépendante instituée par les autorités suisses le 19 décembre 1996 pour étudier les relations de la Suisse avec l’Allemagne nazie, notamment les fonds en déshérence. Elle a rendu son rapport final le 22 mars 2002.
Sources
Cet article est informatif : il rend compte de conclusions parlementaires et de travaux historiques, et ne se substitue ni à une décision de justice ni à l’avis d’un historien.

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